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Si les MOOC, arrivés officiellement en France en 2013, semblent profondément modifier la façon de faire de la pédagogie aujourd’hui, cette nouvelle forme d’enseignement à distance est-elle aussi révolutionnaire qu’elle ne le prétend ?

Dans la continuité de l’enseignement à distance

Les nouvelles technologies d’aujourd’hui ont rendu bon nombre de pratiques pédagogiques caduques. La nouvelle forme d’apprentissage portée par le MOOC repose en effet sur des nouveaux outils de communication (Skype, Facebook, blogs) et provoque un véritable éloignement des anciennes plateformes pédagogiques mises à disposition. Dans l’enseignement supérieur, les étudiants communiquent beaucoup mais peu en contexte universitaire, au grand dam des porteurs de projets type LMS. Pour la chercheuse France Henri, spécialiste en social learning, « ce hiatus entre les pratiques de communication personnelles des étudiants et les pratiques de communication en contexte universitaire est révélateur d’une distance autre que spatio-temporelle». C’est une distance qui permet en effet de laisser chaque étudiant devenir créateur de son contenu et membre actif au sein de son propre réseau d’apprentissage (ex : les commaunautés d’apprenants sur Facebook). Les MOOC sont dès lors clairement dans cette logique d’apprentissage distancié et collaboratif : ils suivent le mouvement qui tend à renouveler la pédagogie par le numérique.

Pourtant, les MOOC ont une histoire bien plus vieille que les articles de presse ne veulent le prétendre, et la révolution pédagogique qu’on voudrait leur attribuer n’est peut être pas aussi clairement identifiable que cela. En effet, si le numérique a donné un nouvel élan à l’éducation à distance, les MOOC eux, s’inscrivent dans la continuité de l’évolution de cet enseignement. Il ne s’agit donc pas d’une révolution, tout au mieux d’une évolution quantitative puisque la différence se situe essentiellement sur l’aspect massif des cours. En Angleterre, en 1969, l’Open University révolutionne une première fois l’enseignement à distance puisqu’en plus des matériaux traditionnels sont ajoutés des enregistrements audios et des émissions de la BBC. Le MOOC est ainsi la suite logique d’un apprentissage influencé puis fondé sur le numérique, avec un appui tout particulier sur les interactions entre l’enseignant et les étudiants. Il n’est en rien une révolution épistémologique comme on pourrait facilement le prétendre.

Cependant, le MOOC se présente, à juste titre, comme une rupture dans l’histoire de l’enseignement à distance (EAD). Car si l’EAD était perçu comme une formation complémentaire permettant d’amener l’éducation là où elle était difficile d’accès, aujourd’hui les MOOC semblent être à ce jour l’une des rares alternatives capables de relever les défis de l’éducation accessible au plus grand nombre. Il est en effet aujourd’hui moins question d’ouvrir des universités décentralisées, mais plutôt de construire un nouveau business model à partir d’universités préexistantes. Le MOOC se veut être une valeur ajoutée pour une université qui cherche à la fois à soigner sa réputation et rencontrer de nouveaux prospects pour les transformer en nouveaux clients.

Une révolution plus technique que pédagogique

Bien que les pratiques pédagogiques initiées par les MOOC soient tantôt traditionnelles, tantôt nouvelles car associées à l’essor des nouvelles technologies, la vidéo, clé de voûte des MOOC, semble un apport insuffisant pour parler de vraie révolution pédagogique.

C’est donc à l’échelle de l’infrastructure que ces cours en ligne apportent le plus grand bouleversement. Patrick Aebischer, dans un entretien pour Le Monde le 30 mai 2013, expliquait : « L’ avènement des MOOC n’est pas une révolution pédagogique en tant que telle, c’est une révolution infrastructurelle rendue possible par la rapidité des réseaux et la maturité des pratiques d’interactions. » Cette ouverture massive permet ainsi la résolution de problèmes majeurs comme l’accès à l’éducation, la distance, la conciliation du travail-famille-études comme le faisait le l’EAD, mais surtout, elle crée une vraie communauté d’apprenants.

Pédagogie ou communication ?

Le problème demeure cependant qu’à vouloir enseigner à trop de monde à la fois, on rencontre des difficultés pédagogiques. Comment enseigner à plus de 1000 ou 2000 personnes ? Les vidéos permettent cet enseignement de masse, mais peut-on vraiment parler de pédagogie lorsque l’enseignant n’a pas de contact avec ses éleves et que ceux-ci sont trop nombreux pour recevoir une correction de leurs travaux ? Pour certains chercheurs, l’enseignement avec les MOOC manque cruellement de rigueur pédagogique. Quant aux forums de discussion, le sondage réalisé par Kolowich en 2013 montre que la majorite des étudiants ne participent tout simplement pas aux discussions. N’y aurait-il donc pas un paradoxe à vouloir ouvrir un cours à tous sans offrir un quelconque suivi à personne ?

Jean-Luc Veyssières, président de l’université USQ Versailles, montre que «les cours en ligne doivent être un objet autonome et innovant de la réflexion pédagogique ». Dans ce sens, il ne s’agit donc plus de pédagogie mais de « dissémination et de communication ». Ils sont ainsi une excellente approche de médiation et de découverte de nombreuses thématiques, encouragent la démarche d’apprentissage et contribuent à la promotion des professeurs et des établissements qui les proposent : en somme, une équation qui trouvera son équilibre tant que l’apprenant restera au centre des préoccupations !